Dieu semble s'opposer à moi · Petits groupes

Vaincre dans la souffrance, Leçon 3. Lire Ruth 1. Souffrir au point de vouloir changer même son propre nom et croire que Dieu s'acharne contre nous.

Passage principal : Ruth 1

De retour à Bethléhem, la première parole de Naomi est : « Ne m'appelez pas Naomi; appelez-moi Mara, car le Tout Puissant m'a remplie d'amertume. » La Bible n'insère pas immédiatement un commentaire ; elle place côte à côte les paroles amères de Naomi, la présence de Ruth et le temps de la moisson. La dernière phrase du chapitre dit qu'elles arrivèrent « au commencement de la moisson des orges ».

Introduction

Lorsque la souffrance va très loin, on finit parfois par croire qu'il ne s'agit plus seulement de malchance : quelqu'un semble s'opposer délibérément à nous. Beaucoup n'osent pas exprimer cette pensée, parce qu'elle paraît trop irrévérencieuse. Pourtant, un personnage de la Bible l'a fait, et en termes plus forts que la plupart d'entre nous. En seulement vingt-deux versets, Ruth 1 raconte comment une famille s'effondre peu à peu.

Tout commence par une famine : « Du temps des juges, il y eut une famine dans le pays. » (Ruth 1:1) Élimélec quitte Bethléhem de Juda avec sa femme Naomi et leurs deux fils pour séjourner au pays de Moab. Le nom Bethléhem signifie « maison du pain », mais la maison du pain n'a plus de pain. Puis vient la mort ; le texte la rapporte en quelques mots :

Élimélec, mari de Naomi, mourut, et elle resta avec ses deux fils. (Ruth 1:3) Machlon et Kiljon moururent aussi tous les deux, et Naomi resta privée de ses deux fils et de son mari. (Ruth 1:5)

Après la mort de leur père, les deux fils épousent des femmes moabites. Ils vivent environ dix ans en Moab, puis meurent l'un après l'autre. Dans cette société, une veuve étrangère qui avait perdu son mari et ses fils se trouvait dans une situation extrêmement vulnérable, avec de graves difficultés pour subvenir à ses besoins et obtenir une protection. Naomi décide de rentrer et dit à ses deux belles-filles : « Allez, retournez chacune à la maison de sa mère! Que l'Éternel use de bonté envers vous, comme vous l'avez fait envers ceux qui sont morts et envers moi! » (Ruth 1:8) Elle se trouve elle-même dans la détresse, mais demande encore à l'Éternel d'user de bonté envers ses belles-filles. Puis elle prononce cette parole : « Non, mes filles! car à cause de vous je suis dans une grande affliction de ce que la main de l'Éternel s'est étendue contre moi. » (Ruth 1:13) Celle qui parle ainsi est une femme qui continue à bénir les autres au nom de l'Éternel.

À leur arrivée à Bethléhem, toute la ville reconnaît Naomi, et les femmes demandent si c'est bien elle. Elle répond :

Ne m'appelez pas Naomi; appelez-moi Mara, car le Tout Puissant m'a remplie d'amertume. J'étais dans l'abondance à mon départ, et l'Éternel me ramène les mains vides. Pourquoi m'appelleriez-vous Naomi, après que l'Éternel s'est prononcé contre moi, et que le Tout Puissant m'a affligée? (Ruth 1:20-21)

Le nom « Naomi » évoque ce qui est agréable et doux ; « Mara » signifie « amère ». Elle veut changer de nom.

Le chapitre n'insère pas immédiatement un commentaire. Il place côte à côte les paroles amères de Naomi, la présence de Ruth et le temps de la moisson. Nous n'avons pas à nous hâter de condamner Naomi, ni à faire de chacune de ses paroles une explication complète des actions de Dieu. Une personne qui souffre peut apporter à Dieu ce qu'elle ressent réellement. La Bible ne nous explique pas non plus pourquoi cette famille a rencontré tous ces malheurs ; nous ignorons si l'interprétation de Naomi était juste. Mais Dieu ne l'abandonne pas à cause de la dureté de ses paroles.

Vient alors la phrase la plus paisible du chapitre :

Ainsi revinrent du pays de Moab Naomi et sa belle-fille, Ruth la Moabite. Elles arrivèrent à Bethléhem au commencement de la moisson des orges. (Ruth 1:22)

Naomi vient de dire que l'Éternel la ramène les mains vides, et le récit informe aussitôt le lecteur que la moisson commence. Le texte ne dit pas comment Naomi comprend alors cet événement. Mais le lecteur sait déjà qu'une nouvelle saison est arrivée et que l'histoire n'est pas terminée. En poursuivant la lecture, nous verrons comment la providence de Dieu se déploie dans la vie ordinaire. Au chapitre 2, le ton de Naomi change. Elle bénit Boaz : « Qu'il soit béni de l'Éternel, qui se montre miséricordieux pour les vivants comme il le fut pour ceux qui sont morts! » Puis elle ajoute : « Cet homme est notre parent, [...] il est de ceux qui ont sur nous droit de rachat. » (Ruth 2:20) Dans le texte hébreu, celui qui « se montre miséricordieux » peut être compris comme l'Éternel ; certains pensent toutefois que Naomi parle de Boaz. Quelle que soit la lecture retenue, Naomi recommence à prononcer une bénédiction à partir d'actes concrets de bonté. Ce changement vient après que Ruth a glané et que Boaz a agi avec bonté ; le texte n'en dit pas davantage sur le chemin intérieur de Naomi.

La célèbre parole de Ruth mérite aussi d'être lue dans ce contexte : « Où tu iras j'irai » et « ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu » (Ruth 1:16). Elle prononce ces mots après avoir entendu les paroles si fortes de sa belle-mère. Elle ne cherche pas à la corriger ; elle décide simplement de marcher avec elle. Cette leçon aboutit donc à deux applications. À celui qui souffre : vous pouvez parler ainsi à Dieu ; quelqu'un dans la Bible l'a déjà fait. À celui qui se tient à ses côtés : ne vous précipitez pas pour corriger ce qu'il dit de Dieu ; restez, accompagnez-le et apportez-lui une aide concrète.

Notes d’étude

1. Le nom du lieu porte lui-même une ironie. Ils quittent « Bethléhem » — la maison du pain — pour fuir la famine.

2. Les morts sont rapportées très rapidement. Après la mort du mari, les deux fils se marient, vivent environ dix ans en Moab, puis meurent eux aussi.

3. Une veuve étrangère privée de son mari et de ses fils se trouvait dans une situation extrêmement vulnérable. Elle rencontrait de graves difficultés pour subvenir à ses besoins et obtenir une protection ; il ne s'agissait pas seulement de tristesse.

4. Naomi se trouve elle-même dans la détresse, mais elle demande encore une bénédiction pour ses belles-filles. « Que l'Éternel use de bonté envers vous. »

5. La parole « la main de l'Éternel s'est étendue contre moi » est prononcée par une femme qui craint Dieu.

6. Elle veut changer de nom : « Naomi » évoque ce qui est agréable et doux ; « Mara » signifie « amère ».

7. Le texte n'insère pas immédiatement un commentaire. Il place côte à côte les paroles amères de Naomi, la présence de Ruth et le temps de la moisson. Nous n'avons pas à nous hâter de la condamner, ni à faire de chacune de ses paroles une explication complète des actions de Dieu.

8. Nous ne savons pas non plus si l'interprétation de Naomi était juste. La Bible n'explique pas pourquoi cette famille a rencontré ces malheurs. Dieu ne l'abandonne pas à cause de la dureté de ses paroles.

9. La dernière phrase constitue le tournant du chapitre. Elles arrivent « au commencement de la moisson des orges ». Le texte ne dit pas comment Naomi le comprend à ce moment-là, mais le lecteur sait déjà que l'histoire n'est pas terminée.

10. Ruth prononce sa parole après les paroles très fortes de sa belle-mère. Elle ne cherche pas à la corriger ; elle reste.

11. En Ruth 2:20, le ton de Naomi change. Elle bénit Boaz et dit que celui qui « se montre miséricordieux pour les vivants comme il le fut pour ceux qui sont morts » peut être compris comme l'Éternel ; certains pensent toutefois qu'elle parle de Boaz. Ce changement vient après que Ruth a glané et que Boaz a agi avec bonté ; le texte n'en dit pas davantage sur le chemin intérieur de Naomi.

Discussion

Ouverture (environ 10 minutes)

Un mot avant de commencer (à lire par l'animateur)

Ce qui est partagé dans le groupe ne doit pas être répété ailleurs. Il existe toutefois une exception : si quelqu'un subit actuellement des violences, si la sécurité d'un enfant ou d'une personne vulnérable est en jeu, ou si quelqu'un risque immédiatement de se blesser ou de blesser une autre personne, l'animateur ne peut pas promettre une confidentialité absolue. En général, il cherchera d'abord, autant que possible, à en parler avec la personne concernée et ne communiquera que les informations nécessaires à ceux qui peuvent réellement aider. Lorsqu'un enfant ou une personne incapable de se protéger est concerné, ou en cas de danger immédiat, il n'est pas nécessaire d'obtenir d'abord son accord : selon la situation, il faut contacter un pasteur, un professionnel qualifié, la police locale, les urgences ou un service médical. En cas de danger immédiat, demandez de l'aide sur-le-champ et ne laissez pas la personne seule.

Question brise-glace : si vous pouviez donner un nom à la période que vous traversez actuellement, lequel choisiriez-vous ? (Un seul mot suffit ; les personnes qui viennent pour la première fois peuvent aussi répondre.)

Conseil pour l'animateur : posez cette question avec douceur. Certains répondront « occupée », « tenir », « ça va » ou « attendre ». Ne demandez pas d'explication et ne jugez pas les réponses. Dites simplement : « Nous allons voir quelqu'un qui, elle aussi, a voulu changer de nom », puis entrez dans le sujet.

Rappel de la leçon (à lire par l'animateur, environ 1 minute, pour ceux qui n'ont pas fait la préparation)

Cette leçon porte sur Ruth 1. Du temps des juges, une famine survint dans le pays. Élimélec partit de Bethléhem pour le pays de Moab avec sa femme Naomi et leurs deux fils. Élimélec mourut. Les deux fils épousèrent des femmes moabites, puis, après environ dix ans, Machlon et Kiljon moururent eux aussi. Naomi resta privée de son mari et de ses deux fils. Lorsqu'elle apprit que l'Éternel avait visité son peuple, elle se mit en route pour retourner en Juda. En chemin, elle demanda deux fois à ses belles-filles de retourner chez leur mère et pria l'Éternel d'user de bonté envers elles. Elle dit aussi qu'à cause d'elles, elle était dans une grande affliction, parce que la main de l'Éternel s'était étendue contre elle. Orpa embrassa sa belle-mère et partit. Ruth, elle, déclara : « Où tu iras j'irai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » Lorsque les deux femmes arrivèrent à Bethléhem, toute la ville fut émue. Naomi dit : « Ne m'appelez pas Naomi; appelez-moi Mara, car le Tout Puissant m'a remplie d'amertume. J'étais dans l'abondance à mon départ, et l'Éternel me ramène les mains vides. » La dernière phrase du chapitre dit qu'elles arrivèrent au commencement de la moisson des orges. Aujourd'hui, nous allons parler ensemble du sentiment que Dieu lui-même semble s'opposer à nous.

Observation

1. Lisez les versets 1-5. Quelles épreuves cette famille traverse-t-elle ? Qui reste à la fin ?

Conseil pour l'animateur : la famine, le départ du pays, la mort du mari et la mort des deux fils. Naomi reste, sans mari ni fils. L'animateur peut préciser qu'à cette époque, cela signifiait aussi la perte de toute source de subsistance.

2. Lisez le verset 13 et les versets 20-21. Quelles affirmations Naomi fait-elle au sujet de Dieu ? Quel nom veut-elle désormais porter ?

Conseil pour l'animateur : la main de l'Éternel s'est étendue contre moi ; le Tout Puissant m'a remplie d'amertume ; l'Éternel me ramène les mains vides ; l'Éternel s'est prononcé contre moi ; le Tout Puissant m'a affligée. Elle veut remplacer Naomi, nom associé à la douceur, par Mara, qui signifie « amère ».

3. Lisez le verset 22. Après que Naomi a dit revenir les mains vides, qu'est-ce que le récit apprend au lecteur ? Quelle tension cette phrase laisse-t-elle dans l'histoire ?

Conseil pour l'animateur : la moisson commence. Le texte ne dit pas comment Naomi comprend alors cet événement, mais le lecteur sait déjà qu'une nouvelle saison est arrivée et que l'histoire n'est pas terminée.

Interprétation

4. Comment le passage traite-t-il les paroles très fortes de Naomi ? Sans insérer immédiatement un commentaire, comment poursuit-il le récit ?

Conseil pour l'animateur : c'est la question centrale de cette leçon ; prenez le temps nécessaire. Le texte place côte à côte les paroles amères de Naomi, la présence de Ruth et le temps de la moisson, sans ajouter immédiatement de commentaire. Nous n'avons pas à nous hâter de la condamner ni à faire de chacune de ses paroles une explication complète des actions de Dieu. Vous pouvez demander : quelle est habituellement notre première réaction lorsque quelqu'un parle ainsi ?

5. Ruth prononce sa célèbre parole après que Naomi a dit : « la main de l'Éternel s'est étendue contre moi ». Que pensez-vous de cet ordre ?

Conseil pour l'animateur : Ruth entend ces paroles fortes, mais ne corrige pas Naomi et ne part pas. Elle dit : « Où tu iras j'irai. » Accompagner quelqu'un n'exige pas toujours de commencer par corriger ses paroles.

6. (Question facultative, si le temps le permet.) « Au commencement de la moisson des orges » : comment faut-il lire cette phrase ? Peut-on s'en servir pour consoler quelqu'un qui souffre encore ?

Conseil pour l'animateur : cette phrase s'adresse d'abord au lecteur. Le texte ne dit pas comment Naomi la comprend à ce moment-là. Ne l'utilisez donc pas pour dire à une personne qui souffre : « Vous voyez, Dieu avait tout prévu. » Elle signifie que Dieu continue d'agir tandis que l'être humain ne comprend pas, et non que celui-ci devrait se dépêcher de comprendre. Ne la prononcez surtout pas devant quelqu'un qui souffre encore.

Application

7. Avez-vous traversé une période où la pensée « Dieu est-il en train de s'opposer à moi ? » vous est venue ? (Partagez seulement ce que vous souhaitez ; les personnes qui viennent pour la première fois peuvent simplement donner leur avis.)

Conseil pour l'animateur : répondez vous-même en premier. Le principal risque est que quelqu'un se précipite pour corriger la personne. Si cela commence, intervenez avec douceur : « Aujourd'hui, commençons par écouter. »

8. Cette semaine, si une personne autour de vous prononce une parole très forte, comment aimeriez-vous lui répondre ?

Conseil pour l'animateur : orientez la discussion vers le fait de rester : ne pas répondre immédiatement, ne pas faire un discours, demander « Comment vas-tu vraiment ? », partager un repas ou rendre un service concret. Le plan d'action qui suit reprend ces possibilités.

Prière et mise en pratique

Prier ensemble (environ 15 minutes)

Demandez d'abord à une personne de lire lentement Ruth 1:20-21, puis la dernière proposition de Ruth 1:22, et gardez deux minutes de silence. Chacun apporte intérieurement une parole vraie à Dieu. Ceux qui le souhaitent peuvent prier en une ou deux phrases. Ceux qui ne veulent pas parler peuvent prier en silence ; les personnes qui viennent pour la première fois peuvent écouter sans devoir prier ni prendre position. Pour terminer, l'animateur intercède pour les membres du groupe qui traversent une difficulté. Les sujets de prière restent dans le groupe ; les situations sensibles ne sont pas consignées dans l'application ni envoyées dans une discussion de groupe. En général, avant tout suivi, il faut obtenir l'accord de la personne, puis noter en privé seulement les quelques mots indispensables. Si la sécurité d'un enfant ou d'une personne incapable de se protéger est en jeu, ou s'il existe un danger immédiat de se blesser ou de blesser quelqu'un, il n'est pas nécessaire d'obtenir cet accord : il faut contacter immédiatement les urgences, la police locale ou le service de protection approprié.

Vous pouvez commencer ainsi (orientation pour la prière) :

Seigneur, merci d'avoir conservé les paroles de Naomi dans la Bible sans en changer un seul mot. Elle a dit que Ta main s'était étendue contre elle et que Tu la ramenais les mains vides. Tu ne l'as pas réprimandée, et Tu as laissé ces paroles dans le récit. Nous portons nous aussi de telles paroles, même si nous osons rarement les prononcer. Fais-nous savoir que Tu peux les entendre. Donne-nous aussi des personnes comme Ruth : elles ne corrigent pas, ne s'en vont pas, mais restent simplement. Nous ignorons ce qui nous attend, mais Tu continues d'agir lorsque nous ne le voyons pas. Prends pitié des frères et sœurs qui souffrent en ce moment. Au nom de Jésus. Amen.

Plan d'action de la semaine (environ 5 minutes)

Après la prière, chacun choisit une action ci-dessous à accomplir cette semaine. Une seule suffit ; si vous ne savez pas encore laquelle choisir, ce n'est pas grave.

Il n'est pas nécessaire de la noter ni d'en rendre compte. Ceux qui le souhaitent pourront en parler lors de la prochaine rencontre. Si vous n'avez pas réussi, apportez à Dieu dans la prière ce qui vous a arrêté.

Pour poursuivre la discussion

Vous pouvez choisir la leçon « Accompagner une personne qui souffre » (2 Corinthiens 1:3-11), ou la leçon « Garder l'espérance sans voir d'issue » (Habacuc 3:16-19).

Guide de l’animateur