Remettre une phrase dans son contexte · Petits groupes

Comprendre la volonté de Dieu en lisant la Bible, Leçon 4. Lire Philippiens 4:10-20. « Je puis tout » est imprimé sur des affiches motivantes, avec un sens très éloigné de celui que Paul lui donne.

Passage principal : Philippiens 4:10-20

« Je puis tout par celui qui me fortifie » figure souvent sur des affiches de motivation et finit par vouloir dire : « Si j'ai la foi, je peux tout accomplir. » Replacée dans son contexte, cette phrase exprime autre chose : en prison, Paul dit qu'il a appris, par Christ, à être content aussi bien dans l'abondance que dans la faim. Pour comprendre correctement une phrase, il faut la lire dans son paragraphe, dans l'ensemble du livre et dans la situation de son auteur. Bien comprise, elle devient encore plus puissante et concrète.

Introduction

« Je puis tout par celui qui me fortifie » (Philippiens 4:13) est sans doute l'un des versets les plus souvent affichés dans le monde chinois. On le voit sur les murs des salles de sport, sur les banderoles avant le gaokao, le concours national d'entrée à l'université, ou dans les publications d'entrepreneurs sur les réseaux sociaux. Il signifie généralement : si j'ai la foi, rien n'est impossible ; quel que soit mon objectif, Dieu me donnera la force de l'atteindre. Cette phrase a encouragé beaucoup de personnes. Mais est-ce bien ce que Paul voulait dire en l'écrivant ?

Pour comprendre un verset, commençons par regarder ce qui le précède et ce qui le suit. Lorsque Paul écrit l'épître aux Philippiens, il est en prison : il dit que, dans tout le prétoire, nul n'ignore que c'est pour Christ qu'il est « dans les liens » (Philippiens 1:13). L'Église de Philippes a envoyé Épaphrodite lui apporter un don, et Paul la remercie :

Ce n'est pas en vue de mes besoins que je dis cela, car j'ai appris à être content de l'état où je me trouve. Je sais vivre dans l'humiliation, et je sais vivre dans l'abondance. En tout et partout j'ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l'abondance et à être dans la disette. (Philippiens 4:11-12)

La phrase suivante est précisément : « Je puis tout par celui qui me fortifie. » (Philippiens 4:13) Dans ce contexte, « tout » désigne les situations qui viennent d'être énumérées : l'humiliation et l'abondance, être rassasié et avoir faim, être dans l'abondance et être dans la disette. Paul ne dit pas : « Je peux atteindre n'importe quel objectif. » Il témoigne qu'en toute situation, il peut, par Christ, être content et tenir ferme. Il écrit cela alors qu'il est lui-même dans les liens.

Cette lecture ne diminue pas la force du verset ; elle la rend au contraire plus réelle. Paul ne promet pas que chacun atteindra tous ses objectifs. Il témoigne que le Seigneur qui le fortifie lui apprend à être content et à marcher fidèlement dans l'humiliation comme dans l'abondance, lorsqu'il est rassasié comme lorsqu'il a faim, dans l'abondance comme dans la disette. Si nous lisons ce verset comme une promesse de réussite, un examen raté ou une entreprise en perte peut nous plonger dans la confusion et la culpabilité. Replacé dans son contexte, il nous soutient dans la prospérité comme dans l'épreuve : notre situation ne change pas toujours, mais le Seigneur qui nous fortifie demeure avec nous.

Dans le même passage, une autre phrase est souvent citée seule : « Et mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus Christ. » (Philippiens 4:19) Le contexte nous apprend que l'Église de Philippes avait pourvu plusieurs fois aux besoins de Paul dans son ministère de l'Évangile. Il qualifie leur don de « parfum de bonne odeur, un sacrifice que Dieu accepte, et qui lui est agréable » (Philippiens 4:18), et il a l'assurance que Dieu pourvoira à tous leurs besoins selon sa richesse. C'est une parole de réconfort adressée à ces partenaires dans l'Évangile, et elle porte sur leurs besoins. Ce n'est ni une formule permettant d'échanger des offrandes contre une récompense, ni un chèque que nous pourrions remplir à notre guise.

Une mise en garde courante dit qu'un verset sorti de son contexte peut devenir un prétexte. Pour le replacer dans son contexte, élargissons progressivement notre regard : les phrases qui l'entourent, tout le paragraphe, le message du livre entier, la situation de l'auteur et de ses destinataires, puis la place de ce passage dans l'ensemble de la Bible. Paul dit à Timothée : « Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n'a point à rougir, qui dispense droitement la parole de la vérité. » (2 Timothée 2:15) Dans ce passage, Paul demande à Timothée d'éviter les disputes de mots inutiles et les enseignements qui s'écartent de la vérité. « Dispenser droitement » porte l'idée de tracer une ligne droite et de traiter correctement. Appliqué à notre lecture, cela implique aussi de ne pas détourner un passage de son sens premier.

Notes d’étude

1. Philippiens est une lettre écrite en prison. En 1:13, Paul dit que, dans tout le prétoire et partout ailleurs, « nul n'ignore que c'est pour Christ que je suis dans les liens ». Toute la lettre parle souvent de joie, comme en 4:4 : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ». Pourtant, son auteur est enchaîné.

2. « J'ai appris ». Aux versets 4:11-12, Paul dit deux fois que le contentement s'apprend. Le mot grec μεμύημαι (memyēmai), rendu par « j'ai appris » dans la LS1910, pouvait aussi désigner le fait d'être initié à un mystère. Ici, Paul veut dire qu'il a appris à faire face à toutes sortes de situations. Le contentement n'est pas simplement un trait de caractère naturel ; il s'apprend progressivement en Christ.

3. La portée de « tout ». Selon le contexte, le « tout » de 4:13 désigne les diverses situations énumérées en 4:12 : l'humiliation, l'abondance, être rassasié, avoir faim, vivre dans l'abondance ou dans la disette. On pourrait aussi rendre le sens ainsi : grâce à celui qui me fortifie, je peux faire face à toutes ces situations.

4. « Tous vos besoins ». En 4:19, Paul donne d'abord cette assurance à l'Église de Philippes, engagée depuis longtemps à soutenir le ministère de l'Évangile (4:15-18). Elle montre que Dieu pourvoit fidèlement aux besoins de son peuple, mais elle ne peut pas être élargie en une promesse selon laquelle une offrande nous ferait obtenir tout ce que nous désirons.

5. Deux autres exemples souvent sortis de leur contexte. Jérémie 29:11 déclare : « Car je connais les projets que j'ai formés sur vous, dit l'Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l'espérance. » Le verset précédent dit aux exilés à Babylone qu'ils devront attendre soixante-dix ans (Jérémie 29:10). Matthieu 18:20 affirme : « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. » Son contexte porte sur la manière dont l'Église doit traiter le péché d'un frère (Matthieu 18:15-20). Ces deux versets sont vrais ; les relire dans leur contexte rend leur sens plus profond et plus précis.

Discussion

Ouverture (environ 10 minutes)

Pour commencer : où avez-vous déjà vu la phrase « Je puis tout par celui qui me fortifie » ? Que voulait-elle dire dans cette situation ? (Les personnes qui viennent pour la première fois peuvent aussi répondre.)

Conseil pour l'animation : gardez une ambiance détendue. Salle de sport, examens, réunion d'entreprise, maillot d'une équipe… Plus les exemples sont nombreux, mieux c'est. Ne les jugez pas tout de suite.

Résumé de la leçon (à lire par l'animateur, environ 1 minute, pour ceux qui ne l'ont pas préparée)

Cette leçon porte sur Philippiens 4:10-20. En prison, Paul reçoit un don de l'Église de Philippes et lui écrit pour la remercier. Il dit : « Ce n'est pas en vue de mes besoins que je dis cela, car j'ai appris à être content de l'état où je me trouve. Je sais vivre dans l'humiliation, et je sais vivre dans l'abondance. En tout et partout j'ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l'abondance et à être dans la disette. Je puis tout par celui qui me fortifie. » Il rappelle ensuite que les Philippiens ont pourvu plusieurs fois à ses besoins. Leur don est un parfum de bonne odeur, un sacrifice agréable à Dieu, et son Dieu pourvoira à tous leurs besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ. Le passage parallèle est 2 Timothée 2 : il faut dispenser droitement la parole de la vérité. Aujourd'hui, nous allons apprendre à replacer un verset connu dans son contexte.

Observation

1. Lisez Philippiens 4:10-14. Pour quoi Paul exprime-t-il sa reconnaissance ? Qu'a-t-il appris ? Quelles situations sont énumérées juste avant « Je puis tout » ?

Conseil pour l'animation : il remercie les Philippiens d'avoir renouvelé l'expression de leur intérêt pour lui et d'avoir pris part à sa détresse. Il a appris à être content dans l'état où il se trouve. Les situations énumérées sont l'humiliation et l'abondance, être rassasié et avoir faim, vivre dans l'abondance et dans la disette.

2. Lisez les versets 15-20. Quels échanges l'Église de Philippes a-t-elle eus avec Paul ? À quoi Paul compare-t-il leur don ?

Conseil pour l'animation : dès les débuts de la prédication de l'Évangile, elle seule a pris part avec lui par des dons reçus et donnés ; à Thessalonique déjà, elle lui a envoyé à plusieurs reprises de quoi pourvoir à ses besoins. Leur don est comme un « parfum de bonne odeur », un sacrifice que Dieu accepte et qui lui est agréable.

3. Lisez Philippiens 1:12-14. Où Paul se trouve-t-il lorsqu'il écrit cette lettre ? Comment comprend-il sa situation ?

Conseil pour l'animation : il est dans les liens, en prison. Il dit que ce qui lui est arrivé a plutôt contribué aux progrès de l'Évangile, et que les frères en ont reçu plus d'assurance pour annoncer la parole.

Interprétation

4. Replacé dans son contexte, que signifie « Je puis tout » ? Qu'est-ce que chacune des deux lectures nous fait attendre ? Lorsque le résultat espéré n'arrive pas, laquelle correspond le mieux à la situation de Paul lorsqu'il écrit ?

Conseil pour l'animation : c'est la question centrale ; prenez le temps. Dans le contexte, « tout » désigne les différentes situations : par Christ, Paul ne perd pas la mesure dans l'abondance et ne désespère pas dans le manque. Si nous en faisons une promesse de réussite, nous risquons la confusion et la culpabilité lorsqu'un examen est raté, qu'une entreprise perd de l'argent ou que la maladie arrive. Paul écrit dans les liens ; le contentement qu'il a appris demeure valable dans toutes ces situations.

5. (Question facultative, si vous avez le temps) Philippiens 4:19 dit : « Et mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus Christ. » À qui et dans quelle situation cette parole est-elle adressée ? Comment pouvons-nous la recevoir aujourd'hui ?

Conseil pour l'animation : elle s'adresse aux Philippiens, qui soutiennent généreusement l'Évangile ; sa portée concerne « tous vos besoins ». Nous pouvons recevoir avec confiance la promesse que Dieu pourvoit et apprendre aussi leur générosité, sans en faire la garantie que tous nos désirs seront satisfaits.

6. Lisez 2 Timothée 2:14-18. À quelles mauvaises pratiques Paul oppose-t-il le fait de « dispenser droitement la parole de la vérité » ? Comment cela nous apprend-il à lire et à transmettre fidèlement les Écritures ?

Conseil pour l'animation : Paul l'oppose aux disputes de mots, aux discours vains et profanes et à un enseignement qui s'écarte de la vérité en disant que la résurrection est déjà arrivée. Pour notre lecture, cela signifie au minimum : lire le paragraphe entier, comprendre le sujet général du livre et ses destinataires, tenir compte de la situation de l'auteur et demander comment cette phrase se comprend dans l'ensemble de la Bible. Nous pouvons aussi prendre l'habitude de lire quelques versets avant et après une citation avant de la partager.

Application

7. Avez-vous déjà pris un verset pour une « garantie » personnelle donnée par Dieu, avant de découvrir que vous ne l'aviez pas bien compris ? (Vous pouvez simplement répondre oui ou non ; les personnes qui viennent pour la première fois peuvent aussi répondre.)

Conseil pour l'animation : remerciez ceux qui parlent franchement, sans les juger. Vous pouvez ajouter : Dieu prenait toujours soin de nous pendant cette période. Comprendre plus précisément le passage affermit notre foi ; cela ne nie pas ce que nous avons vécu.

8. Quel verset très familier aimeriez-vous relire dans son contexte cette semaine ?

Conseil pour l'animation : chacun peut en proposer un, par exemple Jérémie 29:11, Romains 8:28, Matthieu 18:20 ou Philippiens 4:6-7. Le plan d'action qui suit va dans ce sens.

Prière et mise en pratique

Prier ensemble (environ 15 minutes)

Demandez d'abord à un membre du groupe de lire lentement Philippiens 4:11-13, puis gardez une minute de silence. Ceux qui le souhaitent peuvent ensuite prier en une ou deux phrases. Chacun peut présenter intérieurement à Dieu sa situation actuelle, qu'il vive dans la disette ou dans l'abondance, demander au Seigneur de lui apprendre le contentement et prier pour ceux qui traversent des difficultés, sans devoir en révéler les détails. Ceux qui ne souhaitent pas parler peuvent prier en silence ; c'est aussi une prière. Les personnes qui viennent pour la première fois peuvent simplement écouter, sans devoir prier ni prendre position. L'animateur conclura en rendant grâce et en intercédant pour le groupe. Les sujets d'intercession restent dans le groupe ; les sujets sensibles ne sont ni notés dans l'application ni envoyés dans le groupe de discussion. Si un suivi est nécessaire, l'animateur demandera l'accord de la personne avant de noter en privé une ou deux phrases indispensables.

Vous pouvez commencer ainsi (piste de prière) :

Seigneur, Paul a appris le contentement dans les chaînes et a dit qu'il pouvait tout par celui qui le fortifiait. Nous nous souvenons souvent de cette phrase seulement lorsque tout va bien, mais dès que viennent le manque ou l'échec, nous n'arrivons plus à tenir. Apprends-nous à demeurer fermes en Toi dans l'humiliation comme dans l'abondance. Donne-nous aussi un cœur qui dispense droitement Ta parole, sans projeter nos désirs dans ce que Tu dis. Au nom de Jésus. Amen.

Plan d'action de la semaine (environ 5 minutes)

Après la prière, chacun choisit ci-dessous une seule action à accomplir cette semaine. Une seule suffit, et ce n'est pas grave si vous n'arrivez pas à choisir tout de suite.

Il n'est pas nécessaire de la noter ni d'en rendre compte. Si vous le souhaitez, vous pourrez en parler lors de la prochaine rencontre. Si vous ne l'avez pas accomplie, apportez simplement à Dieu dans la prière ce qui vous a arrêté.

Pour aller plus loin

Vous pouvez choisir la leçon intitulée « Commencer par ce que le texte veut dire » (Marc 2:1-12), ou celle intitulée « Comment lire les Proverbes ? » (Proverbes 26:1-12).

Guide de l’animateur